J’ai peur de l’eau, alors je traverse l’atlantique à la rame !

Ce titre résume l’histoire de Mylene PAQUETTE.

Cette Québécoise de 35 ans est arrivée à Lorient le 14 novembre dernier après 129 jours de traversée de l’Atlantique nord à la rame en solitaire depuis la Nouvelle-Ecosse, une province de la côte Atlantique du Canada.

A l’approche des côtes européennes, durant les 15 derniers jours de sa traversée, Mylène a dû faire face, sur son petit navire, à diverses tempêtes. Il y a eu celle à l’origine des vagues énormes surfées à Nazaré au Portugal fin octobre, et celle qui a contraint les organisateurs de la course à la voile entre le Havre et le Brésil à retarder le départ de la course de plusieurs jours.

Mylène s’est lancée ce défi en 2009 alors qu’elle était infirmière dans un hôpital au Québec, au sein d’un service dédié aux enfants atteints de maladies graves. C’est une discussion avec une jeune patiente, aujourd’hui décédée, qui a tout changé comme elle l’a raconté dans La Presse, un journal Québécois. « C’était une adolescente qui n’avait pas la langue dans sa poche. Je venais de lui dire de ne pas lâcher, de poursuivre son combat. C’est là qu’elle m’a dit : « Toi, tu ne sais pas ce que ça veut dire, se battre. » Et elle avait raison. J’ai réalisé que ces enfants malades avaient une force incroyable, et une immense sagesse. C’est à cet instant que j’ai décidé d’affronter mes peurs, de les apprivoiser et de les vaincre, avant que ce soient elles qui me trouvent.»

Quatre années après ce moment clé, Mylène s’engage dans cette traversée à la rame en solitaire. Et ce n’est pas la rencontre avec le paquebot de croisière « Queen Mary » en plein milieu de l’Atlantique, lui permettant de récupérer quelques vivres, qui doit enlever une once de puissance à l’engagement de cette aventurière.

Bravo  Mylène !

Pour ceux qui n’ont pas pu voir Thalassa le vendredi 29 novembre, je recommande cette émission « Spéciale tempête » qui donne un éclairage encore plus particulier sur l’exploit de cette Québécoise.

Lettre à Francois GABART.

Uhainaren Ohana – la famille de la mer.

Par Peyo LIZARAZU

 

  

Cher Francois,

 

On ne se connait pas mais je veux t’écrire. Je dois t’avouer n’avoir suivi le Vendée Globe qu’avec peu de régularité, surtout à partir du moment où mon amie Sam abandonna au large du Portugal. Je t’écris car j’ai eu la chance et le bonheur d’écouter tes réponses à des questions posées en direct, certaines intéressantes, d’autres clairement mesquines, le lundi 28 Janvier dernier, sur une chaine de radio nationale à une heure de grande écoute, à peine 24 heures après ton retour sur terre. Tu sembles gérer toutes ces remarques et questions avec autant d’intelligence que celles dont tu as fait preuve pour arriver premier aux Sables d’Olonne. Je te souhaite la bienvenue sur la terre ferme !

 

Je vais me permettre de résumer certaines de ces questions et surtout tes réponses pour profiter de leur limpidité afin d’essayer d’apporter un peu de lumière sur des débats qui activent le milieu du surf  international depuis un peu plus d’un an au sujet des grosses vagues.

Comparaison n’est pas raison. Je n’essaie pas de comparer la voile en solo et le surf, c’est inutile. Cependant, je trouve dans les propos communiqués durant cette émission de radio un parallèle intéressant entre la navigation en solitaire et le surf.

 

Une auditrice commença d’abord sa question en saluant ta performance  « humaine ». Elle continua ensuite en suggérant ce que j’ai ressenti comme une opposition entre cette performance humaine  et ta formation d’ingénieur, ta préparation physique pointue, tes outils de communication modernes disponibles à bord, les dernières technologies de construction des bateaux.  Tu avouas d’abord avoir froncé les sourcils à l’écoute d’une telle question. Merci pour ton honnêteté. La question qui était plus un commentaire acerbe, te fut résumée ainsi par un animateur présent sur le plateau : « que se passerait-il si les bateaux n’étaient pas équipés d’ordinateurs, s’il fallait naviguer au sextant ?» En voilà une belle question ! Ta réponse fut remplie d’une lumière qui fait habituellement bien défaut dans ce genre de situation. Tu répondis, entre autre, en posant toi-même une question : « A-t-on envie d’aller faire des Vendée Globe et naviguer dans les mers du Sud comme il y a 20 ans avec une part d’aléatoire qui peut nous pousser à risquer notre vie ? » Tu répondis très clairement à cette question en indiquant que tu « préférais les conditions et la technologie actuelles ». Tu continuas en disant « ne pas avoir envie de faire autrement », et que « si c’était diffèrent, ca irait beaucoup moins vite. »

 

Un auditeur en remis une couche en fin d’émission sur le même sujet suggérant de la pointe des lèvres une opposition entre le fait d’être scientifique et navigateur. Tu venais de quitter l’émission de radio avant sa fin lorsque ton parrain des mers, Michel DESJOYAUX, prit ta défense de la plus belle des manières. L’animateur indiqua que de nombreuses questions des auditeurs faisaient référence à ton profil scientifique qui semblait s’opposer au fait d’être un navigateur compétent. Certains osèrent même demander avec un peu de naïveté si le Vendée Globe était devenu une épreuve facile grâce à la technologie moderne.

Pourquoi les Français ont-il la critique aussi facile, le dénigrement systématique du vainqueur,sans connaitre les conditions de l’expérience exceptionnelle que tu viens de vivre ? Nous sommes Français, enclins à tomber dans le romantisme et dans le « c’était mieux avant…. » quand la navigation se faisait sans technologie ni ordinateurs. Quelle blague ! J’ai commencé ce blog au moment du départ du Vendée Globe en novembre dernier. J’ai profité de ce premier blog pour rappeler l’histoire de Donald CROWHURST mais aussi de Bernard MOITESSIER durant le Golden Globe Challenge, ancêtre du Vendée Globe fin des années 60. Que tous les romantiques de la voile à l’ancienne aillent se faire du bien en découvrant ou relisant cette histoire.  Pour moi, chaque expérience, prise dans son contexte, est remarquable, celle de Bernard MOITESSIER comme la tienne. J’ai raconté cette anecdote du Golden Globe Challenge car je trouve qu’il est important de ne pas oublier le passé pour mieux vivre leprésent. Tu sembles, toi aussi ne pas oublier le passé, quand tu rappelles que les conditions de vie en mer pendant le Vendée Globe sont difficiles, les périodes de sommeil saccadées, mais somme toute, que ton séjour autour du monde était certainement plus agréable au niveau sommeil comparé à l’époque où l’homme, durant la préhistoire, devait rester en alerte permanente, étant chassé par des animaux sauvages.

 

 

Depuis un an, le petit groupe des surfeurs de grosses vagues est confronté à des commentaires équivalents : «  A quoi bon cette technologie », « c’était mieux avant ». Deux approches du surf dans les grosses vagues sont mises en opposition, régulièrement, subtilement.  D’un côté, une vision traditionnelle et romantique du surf de grosses vagues à la rame – quand les vagues sont « soit disant » prises à la seule force des bras. De l’autre, le surf tracté permettant au surfeur de s’élancer sur une vague à l’aide d’un jet ski. Cette technique de surf, initiée au début des années 1990 par Laird HAMILTON, a permis de gravir des « Everest des mers ». Les premières images diffusées frappèrent avec une violence inouïe, l’esprit des spécialistes, pas encore habitués à voir des hommes sur des vagues d’une telle dimension.

Nous avons aussi en France, nous avons notre « Everest des mers », sur la Côte Basque, au large de la Corniche entre Hendaye et Saint Jean de Luz. C’est Belharra. Un  nouvel « Everest des mers » est apparu aux yeux du grand public depuis quelques mois et encore ces dernières semaines : Nazaré au sud de Porto. Je parlerai de Nazaré dans un prochain post. A Belharra comme à Nazaré ou Hawaii, ou ailleurs encore, des observateurs essaient d’opposer cette approche traditionnelle du surf – à la seule force des bras – à ce surf tracté par des engins nautiques motorisés.

 

Il n’y a aucune raison d’opposer le surf à la rame dans les grosses vagues et le surf en jet ski. Chaque approche est complémentaire. Le surf de grosses vagues a commencé dans les années 60, à Hawaii, avec des pratiquants pionniers qui ne pouvaient compter que sur la seule force de leurs bras. A partir des années 90, l’évolution technologique apportée par les jets ski a permis de chevaucher des vagues d’une taille alors impensable. Depuis 2010, on assiste au retour du surf à la rame. Mode dictée ou vraie volonté, une chose est certaine, les surfeurs à la rame d’aujourd’hui ont une approche bien différente de celle de ces surfeurs des années 60. Elle se trouve à mi-chemin, entre cette pratique ancestrale et cette révolution technologique représentée par le surf tracté. Que ceux qui adulent ces surfeurs à la rame des années 2010 pour mieux les opposer aux surfeurs tractés par un jet ski sachent que les jets skis sont présents en permanence pour sécuriser ces surfeurs à la rame.

Qu’en penses-tu Francois ? Tu te lancerais en slip tout seul en partant de la cote avec ton tronc sous le bras ou utiliserais-tu les moyens modernes à ta disposition en les assumant ?

 

Que ceux qui essaient d’opposer ces deux approches se rendent bien compte que ces discussions sont inutiles. Il est inconcevable d’affronter de telles vagues sans assistance. Je préfère disposer de la technologie pour garantir le niveau de sécurité maximum, tout comme les navigateurs du Vendée Globe n’iraient pas risquer leur vie sans les derniers équipements de pointes disponibles à bord. Une chose est certaine, si la taille d’une vague n’est pas une fin en soi, les limites physiques de l’homme font que les plus grosses vagues ne peuvent être surfées qu’à l’aide d’un jet ski.

 

Merci Francois pour ta lumière et bravo encore ! Et que ce Vendée Globe 2012/2013 s’achève sans perte humaine.

 

 

 

 

http://www.franceinter.fr/emission-le-telephone-sonne-le-vendee-globel-arrivee-ce-week-end-des-premiers-navigateurs-aux-sables

 

Marcher sur un fil.

Uhainaren Ohana*Par Peyo Lizarazu

*La famille de la vague

 

 

En cette période de changement d’année, chacun y va de son bilan. Le résumé des meilleures images de l’année 2012 du site du journal le monde a attiré mon attention.

 

http://www.lemonde.fr/vous/portfolio/2012/12/24/les-images-de-l-annee-2012_1804215_3238.html

 

La 11eme photo de la série montre un funambule Américain entré dans l histoire le 15 Juin 2012 après avoir traversé la frontière entre les Etats Unis et le Canada en marchant sur un filin tendu au dessus des chutes du Niagara.

 Cette nouvelle, impressionnante, me pousse à vous parler d’une histoire similaire, celle de Philipe PETIT. J’ai découvert l’ histoire de ce Francais en Septembre 2002. Je m’en souviens comme si c’était hier. Vivant en Angleterre à l’époque, j’ai « fété » au Royaume Uni le premier anniversaire des attentats du 11 Septembre. Je me souviens de cet article dans un grand journal anglais parlant d’un livre au sujet d’un Français un peu fou qui avait durant l’été 1974 tendu illégalement un câble entre les 2 tours du world trade alors en construction afin d’entreprendre la traversée de ce filin, sans sécurité, pour la simple beauté du geste. Le livre était intitulé «  To reach the clouds ».

 Je dois avouer ne pas apprécier les hauteurs …. Le livre avait l’air fascinant et je n’ai pas été déçu.

 Philipe PETIT n’était pas à son premier coup. Sa spécialité était simple : marcher sur un filin, mais un filin tendu dans des endroits particuliers. La cathédrale Notre Dame de Paris, le pont de la baie de Sydney, la liste est longue jusqu’à ce projet du World Trade Center de New York. C’était le 7 Aout 1974 après de nombreuses semaines et mois de préparations clandestins dans le chantier des tours alors en fin de construction.

Philipe PETIT  marcha sur un filin d’une longueur de 60 mètres tendu au sommet des 2 tours maintenant disparues du world trade center à 417 mètres de hauteur. Il marcha, faisant 8 fois l’aller retour sur le filin, narguant les policiers venu le capturer au sommet de chacune des tours. Il prit même le temps de s’allonger sur le filin. Philipe PETIT acheva sa balade dans la cellule d’un commissariat New Yorkais. Les poursuites judiciaires à son encontre furent vite levées après avoir expliqué au service de sécurité des tours comment il avait réussi à déjouer leur surveillance. Finalement, reconnaissants de l’exploit fou du Francais, les propriétaires des tours offrirent à Philipe PETIT une carte d’accès à vie pour les salles d’observation panoramiques situées au sommet des tours du world trade center.

 

L’histoire de ce français, apparemment connue des « aficionados » prit une résonance particulière après la disparition des tours jumelles durant cette journée du 11 Septembre 2001. La BBC produit un magnifique documentaire en 2008 qui fut diffusé sur Arte en septembre dernier. Je recommande le documentaire et le livre à ceux qui aiment les histoires un peu folles.

 

Cette publication sur Philipe PETIT représente  un petit écart dans la série que j’ai commencé sur la monde des surfeurs de grosses vagues. Néanmoins, je retrouve de nombreux parallèles entre le projet de Philipe PETIT et la scène du surf de grosses vagues :

  • Le travail de préparation est immense pour un projet qui ne verra peut-être jamais le jour.
  • La préparation est méticuleuse pour des détails qui paraissent anodins mais représentent des zones de risques importantes.
  • Cette préparation doit être accompagnée d’une capacité d’adaptation permanente à un environnement changeant.
  • Avant de se lancer, sur un filin ou une grosse vague, la décision ultime dépend de la seule personne qui s’engage, en espérant que ses motivations soient uniquement personnelles. Ce genre de situation représente pour moi la responsabilité et la liberté ultime.
  • Certaines situations peuvent amener à aller au-delà des réglementations, comme l’a fait Philipe PETIT. Le plaisir pour moi ne réside pas dans le fait d’outre passer des réglementations. Le plaisir réside dans le fait de se donner un objectif, « de s’y coller », se préparer, s’entrainer afin de se rapprocher au maximum de l’objectif visé, de la plus belle des manières, même si cela signifie qu’il faut à un moment outrepasser certaines règlementations.
  • Ces projets concernent des personnes particulières. Mais le danger n’a pas besoin de dimensions exceptionnelles pour frapper. Il peut suffire d’une vague de 2 mètres pour prendre la vie des meilleurs surfeurs.

 

 

 

2013 verra la fin du chantier de la One World trade, la plus haute des 5 tours composant les nouvelles constructions sur le site ground zero. Magnifique symbole de cette volonté d’aller de l’avant, cette construction rendra peut etre Philipe Petit triste : chacune des tours culminera à sa propre hauteur. Il ne reste plus qu’à Philipe PETIT, ou ses successeurs, d’envisager de marcher sur un cable tendu, avec pente, entre le sommet de 2 tours ayant chacune une hauteur différente.…. Bon courage !

 

 http://www.arte.tv/fr/le-funambule/6910638.html

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Uhaina-ren Ohana, La famille de la vague. Par Peyo Lizarazu

 Les grosses vagues d’hiver, première partie.

L’automne et l hiver sont synonymes pour tous les surfeurs de l’hémisphère nord du  retour des grosses houles consistantes. Qu’on soit dans le pacifique nord ou dans l’atlantique nord, les surfeurs attirés par les grosses vagues attendent cette époque avec impatience.

 L’archipel des iles d’ Hawaii est le berceau du surf mondial. Chaque année, une dizaine de kilomètres de la cote nord de l’ile d’Oahu attirent pendant plus d’un mois tout le gratin du surf mondial. Au programme : les dernières étapes du circuit mondial pro de surf et l’ouverture de la saison d’hiver avec ses grosses vagues.

 Le Quiksilver in Memory of Eddie Aikau est LA compétition de surf de grosses vagues mythique qui se déroule chaque année dans la baie de Waimea. Cette rencontre est le symbole de cette culture du surf de grosses vagues, un symbole aussi de la culture Hawaiienne, en souvenir du légendaire surfeur et sauveteur Hawaiien Eddie AIKAU.

Dire que cette compétition se déroule chaque année est un raccourci un peu rapide. Certes, la cérémonie d’ouverture se déroule irrémédiablement début Décembre pour marquer le début de la période d’attente pour les conditions de vagues nécessaires. Cette compétition est symbolique de ce monde du surf de grosses vagues car même si la cérémonie d’ouverture est organisée chaque année, les conditions de vagues permettant de lancer la compétition n’ont été effectivement réunies que 8 fois depuis le début de l’évènement en 1984. Chaque année donc, certains des 30 meilleurs surfeurs du monde dans les grosses vagues se préparent pour un rendez vous sportif qui n’a pas de date fixe.

   Etre au bon endroit au bon moment c’est toute la difficulté du surf, d’être un surfeur, dont la pratique dépend intrinsèquement des conditions météo, en particulier quand on recherche de grosses vagues. Etre surfeur, c’est se préparer toute sa vie, pour une échéance aléatoire, une échéance qui ne se présentera peut être jamais. Une échéance pour laquelle il faut être prêt, en permanence.

 Le surf de grosses vagues représente la dimension la plus spectaculaire du surf aux yeux du grand public. Le défi d’un être humain face à la nature a toujours suscité l’intérêt du grand public. Le surf de grosses vagues ne fait pas exception. La dimension aléatoire de cette rencontre d’un être humain avec la nature rend la situation encore plus intéressante. Vrai choix de vie, ces surfeurs de grosses vagues mettent tout de coté afin d’être prêt le jour J, pour être au bon endroit et au bon moment comme a essayé de le faire Eddie AIKAU toute sa vie jusqu’à sa disparition tragique dans l’Océan Pacifique.

http://quiksilverlive.com/eddieaikau/2013/history.en.html